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Grèves vs mouvement social ?

20 novembre 2007

Youpi, la France est à nouveau plongée dans l'enfer d'une vie paralysée par les grèves de transport. Je vais essayer de rassembler mes idées à ce sujet, ce qui est loin d'être évident. En définitive, il est quasi-impossible d'avoir une opinion tranchée du style "pour ou contre les grèves".

D'après ce que j'en ai compris, ces grèves visent à faire pression sur les négociations au sujet des régimes spéciaux de retraite pour les fonctionnaires. Cela éveille en moi plusieurs interrogations et réflexions.
L'Etat veut faire cotiser des employés pendant un nombre d'années plus grand que ce qui est prévu dans leur contrat de travail. Une entreprise du secteur privé ferait ça, elle perdrait automatiquement le procès qui lui serait fait.
D'un autre côté, la teneur du travail de ces employés à changé au cours du temps. Les ouvriers qui bossaient à la SNCF il y a 20 ans avaient des contraintes - à mon avis - plus pénibles que celles qu'ils ont à supporter maintenant.

On pourrait facilement imaginer que les employés actuels restent au même régime, mais que les nouveaux embauchés voient leurs conditions revues. Cela satisferait les grévistes, et les futurs embauchés sauraient à quoi s'attendre.
Mais malheureusement, 2 choses rendent cela difficile :

  • La France perd de l'argent en ce moment. Il faut stopper l'hémorragie au plus vite. Et malheureusement, les salaires des fonctionnaires en fait partie. L'Etat demande à ses employés de participer à cet "effort de guerre" d'une manière assez douteuse.
  • Dans les revendications, les syndicats semblent (d'après ce que j'ai entendu ; je peux me tromper) ne pas vouloir de réduction d'emplois, même par le non-remplacement des départs en retraite, ni de changement de régime entre les anciens et les nouveaux embauchés. Bref, ils veulent s'assurer d'être dans le futur aussi nombreux qu'aujourd'hui, afin de rester aussi puissants.

Qu'en est-il de la pénibilité du travail ?
J'ai vu dans un reportage des mécaniciens de la SNCF, racontant qu'ils ont un rythme de travail très chiant, les obligeant à dormir une nuit sur deux dans des locaux inconfortables et vétustes. Le tout pour un salaire de misère. Je suis d'accord que ce n'est pas normal, mais le problème ici touche les conditions de travail, pas vraiment le salaire.
J'ai vu aussi une agent de la RATP, argumentant sur la pénibilité de son travail, alors qu'elle bossait derrière un guichet. Euh... je pense sincèrement que le travail des caissières de supermarché est plus pénible et moins bien payé.
Je suis amusé quand j'entends un conducteur de train de banlieue expliquer que s'il fait grève, c'est principalement à cause de la vétusté des trains, dans l'intérêt des usagers. On se moque de qui ? Le gars il ne pense qu'à son salaire, et c'est bien normal. Mais il faut arrêter de donner des excuses bidon.
J'avais vu un reportage il y a quelques temps. Un employé de la SNCF à la retraite disait qu'à l'époque il suivait toutes les grèves, par principe. Mais il reconnaissait maintenant que certaines raisons était vraiment très mauvaises, et qu'il y avait bien la moitié des grèves auxquelles il avait participé qui étaient basées sur des prétextes fallacieux.

En voyant le film Sicko de Michael Moore, on se rend compte d'une chose : le combat pour le progès social est une chose nécessaire, et le fait qu'en France ce combat n'ait jamais cessé a permis des avancées extrèmement importantes.
La grève est un droit inaliénable, et peut même devenir un devoir civique. C'est le seul moyen de pression que possèdent les salariés face à des entreprises qui, sans cela, les broierait sans pitié. Et il ne faut pas oublier que les employés de la SNCF et de la RATP ont quelque fois joué le rôle de "dernier rempart" pour protéger certains aquis sociaux.

Mais je pense aussi que les choses doivent être "jouées fair-play". Le principe de la grève est simple : les employés ne sont pas payés, l'entreprise ne gagne pas d'argent. Les deux parties ont intérêt à ce que ça dure le moins longtemps possible. Pourtant on entend tellement de choses concernant les employés de la SNCF, qu'on en vient à se demander si ça reste fair-play.
Quand vous êtes payés normalement, et que vous échelonnez juste votre temps de grève sur les 3 prochains mois, c'est déjà plus confortable.
Quand le gouvernement fait une proposition, et que les négociations sont repoussées de 2 jours par les syndicats, on se demande qui y trouve son intérêt.
Quand vous n'avez aucun scrupule à empêcher les gens d'aller travailler pour gagner leur argent, allant même pour certains à commettre des sabotages (vu aujourd'hui aux infos) qui prendront de longues semaines à être réparés, on s'éloigne du débat social.

On voit aux informations que d'autres corps de métier ont rejoint la grève, entre autre les professeurs et les professionnels de la santé.
Je suis le premier choqué par les salaires minables des infirmières, alors qu'elles ont nos vies entre leurs mains. Et ma mère étant institutrice, j'ai une idée très précise du niveau de vie offert par l'éducation nationale.

La seule question que je voudrais poser, c'est : A quelle valeur estimez-vous la sécurité de l'emploi ?
Je ne veux pas dire qu'il faut se contenter de ce qu'on a et fermer sa gueule. Mais je demande juste dans quelle mesure le choix fait par certains d'avoir un travail à vie n'est pas vite oublié au bout de quelques années. Moi j'ai fait le choix de travailler dans le privé. J'aurais pu chercher à être informaticien chez EDF, par exemple. Et je sais pertinemment que ce choix pourrait se retourner contre moi quand j'aurais 50 ans... Mais j'ai fait ce choix en connaissance de cause !

Pour revenir sur la SNCF et la RATP, je trouve qu'ils ont un "pouvoir d'emmerdement" qui est démesurément grand. Ils ne s'en rendent plus compte ; quand on les entend parler, on dirait que c'est normal.
Pourtant, il y a de nombreuses personnes qui ne peuvent pas aller travailler à cause des grèves, et qui ne seront donc pas payées. Il y a des entreprises dont l'activité est liée au fret ferroviaire, et dont le personnel est actuellement au chômage technique ; certaines menacent même de fermer.
Est-ce normal ? Il faudrait essayer un truc : Que les chauffeurs routiers (qui ont d'aussi bonnes raisons de mener un combat social) bloquent les gares avec leurs camions. Si la SNCF ne payait pas ses employés à cause de l'absence de travail - de la même manière que les gens qui ne peuvent pas bosser en ce moment ne sont pas payés - qu'est-ce que ça donnerait ? Ce serait intéressant de voir ça, non ?

Bref, tout ça pour dire qu'il n'y a pas grand-chose à dire. Certains combats sont justes. Certaines méthodes sont douteuses.
Pendant ce temps, le travail des pompiers n'est toujours pas reconnu comme étant dangereux...