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L'ordi. du futur

07 mars 2003

Pour commencer, quelques citations intéressantes :

  • "Il y a un marché mondial pour peut-être cinq ordinateurs" (1945, Thomas Atson, au directoire d'IBM).
  • "Il n'y a aucune raison pour laquelle quelqu'un voudrait un ordinateur à la maison" (1977, Ken Olsen, président et cofondateur de Digital Equipment Corp.).
  • "640 KO devrait être suffisant pour tout le monde" (1981, Bill Gates, fondateur de Microsoft).

Ne semble-t-il pas alors un peu hasardeux de vouloir jeter un oeil en direction du futur de l'informatique ? Sûrement, mais notre propos est ici différent. Loin de vouloir prédire les évolutions technologiques des dix ou quinze prochaines années, nous allons regarder comment - à partir de ce que nous voyons et utilisons actuellement tous les jours - nous souhaiterions voir évoluer les technologies.

L'ordinateur parfait, le Graal de l'informatique

Depuis la naissance des micro-ordinateurs, cette industrie a souvent pu être approchée suivant deux visions fondamentalement différentes : le business ou l'idéal. Dans le cadre d'une industrie d'une telle ampleur, générant un énorme flux monétaire, tenue par de grosses multinationales, il serait normal de penser que l'informatique est (et doit rester) un métier "sérieux", dont l'unique utilité est d'augmenter la productivité de ceux qui s'en servent et les bénéfices des entreprises qui en profitent.

Pourtant, l'informatique a toujours été un domaine empli de doux rêveurs, d'utopistes, de perfectionnistes de la machine et du logiciel. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'informatique s'est révélée avec le temps être autre chose qu'un simple outil de travail. Il s'agit d'un media de création ; en tant que tel, l'utilisateur d'un ordinateur va nouer avec celui-ci des liens bien souvent de nature affective (nous ne nous attacherons pourtant pas sur cet aspect des choses). Plus que tout, les hommes qui ont marqué le développement de l'informatique ont su imposer leurs envies, leurs visions, pour faire avancer ce que nous utilisons tous pratiquement à longueur de journée. Ces individus, de par leur désir un peu étrange d'atteindre un "ordinateur idéal", ont plusieurs fois révolutionné notre manière de travailler.

Mais quelles sont les machines qui, par le passé, ont été le résultat d'une réelle recherche de perfection et non pas d'une recherche de profit ? Les exemples ne sont pas légion.

  • Le Xerox Star (1981). Premier micro-ordinateur doté d'une interface graphique et d'une souris. Fruit d'un travail commencé en 1975 par le PARC, le centre de recherches de Xerox, dans le domaine de l'interface homme-machine. Equipé d'un écran 17 pouces et d'un disque dur de 10 à 40 MO, Le Star était dès le départ destinée à être connecté à un réseau Ethernet. Les ressources du réseau (imprimantes, serveurs de fichiers, ...), représentées sous forme d'icones, étaient rendues transparentes et l'environnement était centré sur les documents, composites par essence.
  • L'Apple Macintosh (1984). La machine qui a démocratisé les interfaces graphiques, et a donné à l'informatique les moyens de conquérir de nouveaux domaines, tels que la publication ou l'imagerie.
  • Le Comodore Amiga (1985). Le premier micro multitâche, qui a ouvert sans le savoir la voie du multimédia. Ses concepteurs, initialement, voulaient construire la meilleure console de jeu.
  • Le NeXT Cube (1988). Issus de la volonté de Steve Jobs de faire une machine dépassant tout ce qui existait, les NeXT ont ouvert un chemin qui est encore suivi aujourd'hui : un système Unix, une interface graphique de qualité, un environnement objet, des mémoires optiques...
  • L'EO Personal Communicator (1992). Cette machine devait être capable de tout : facilement portable (1,5 kg, autonomie de 4 heures), communiquant (téléphone portable et fax/modem intégrés), assistant personnel (reconnaissance d'écriture par le système Penpoint, annotations vocales), ... Malheureusement victime d'être en avance sur le marché (et donc trop cher), il ne sera jamais réellement commercialisé.
  • L'IBM Energy Desktop (1993). IBM étonna tout le monde en présentant une machine étrange, qui peut être vue comme le précurseur des "Easy PC" d'aujourd'hui. Ecran plat tactile, boitier au format et à la consommation réduits, possibilités d'extensions par cartes PCMCIA (comme les ordinateurs portables), processeur "boosté" par IBM, ... Cette machine avait tout pour elle, même une dizaine d'années d'avance sur le marché.

Que nous apprennent ces machines ? Une réflexion toute simple. On pourrait croire que pour construire une machine touchant à la perfection, il suffirait de chercher à assembler les meilleurs composants, de faire l'ordinateur le plus puissant possible. Mais les seules réalisations qui ont marqué les esprits (quels qu'aient été leurs résultats commerciaux), ont toujours su présenter des solutions différentes de celles utilisées à leur époque ; elles se différenciaient en apportant de la nouveauté, elles avaient "le petit truc en plus".

Nous savons désormais que le futur de l'informatique ne se situe sûrement pas dans une simple évolution de la puissance, mais dans la découverte de nouveaux usages de cet outil. La dernière explosion marquante fut celle d'Internet. Là est peut-être la voie.

Internet partout et nulle part, ou la révolution du tout-connecté

Il peut sembler aujourd'hui facile de proclamer "L'avenir, c'est Internet !". Mais qu'en est-il réellement des tenant et aboutissants de la révolution numérique qui est en marche depuis deux décennies ? Que pouvons-nous espérer comme impact bénéfique de l'outil informatique, ou plutôt des outils technologiques en général, sur notre vie de tous les jours ?

Il est communément admis qu'Internet, le réseau des réseaux, est né durant la guerre froide, de la volonté de l'armée américaine de se doter d'un outil de communication qui serait capable de résister à une attaque nucléaire. Si cette version de l'histoire n'est pas totalement fausse, elle reste inexacte. Internet (INTERconnected NETworks) est né lors de l'unification de plusieurs réseaux existants au Etats-Unis : l'Arpanet de l'armée, et le réseau utilisé par les universités et les centres de recherche.
Même ainsi, ce réseau avait un côté expérimental, jusqu'à la moitié des années 1980, qui en freinait l'utilisation. Ce sont les évolutions des différents systèmes d'exploitation de type Unix (comme les techniques des sockets et du DNS apparues sur 3.2BSD), qui ont permis la constitution de protocoles aboutis et d'applications stables.

Pendant la deuxième moitié des années 1990, le nombre de connectés a augmenté de manière explosive ; le nombre de nouveaux abonnés était certaines années supérieur aux total des utilisateurs existant auparavant. Cet accroissement alla bien entendu de pair avec une hausse du taux d'équipement en matériel de micro-informatique.
Dans certains pays d'Europe de l'ouest, le grand public avait déjà accès à des services informatiques centralisés grâce à divers formats de communication Vidéotexte (tel le minitel en France). Ces services avaient plusieurs avantages, le premier d'entre eux étant la quantité et la qualité des services qu'ils apportaient aux particuliers et aux entreprises. De plus, ils aidaient à démocratiser les technologies de télécommunication informatique (d'où le néologisme de "télématique"). Malheureusement, un effet pervers se développa, qui freina par la suite l'éclosion de services basés sur les technologies récentes. Les entreprises disposaient avec ces services - payants suivant la durée de consultation - d'une manne non négligeable, et ne désiraient en aucun cas s'en départir. Des entreprises dont le métier était de vendre des biens ou des services réalisaient des bénéfices considérables en faisant payer l'accès aux guichets de vente virtuelle ; un peu comme si les boutiques des centres commerciaux faisaient payer pour avoir le droit d'entrer dans le magasin et y acheter éventuellement quelque chose. S'il n'y a rien de choquant de faire payer un service, il n'y a pourtant pas de raison de payer un billet de train différemment suivant qu'il soit acheté à un guichet, par téléphone, par minitel ou sur Internet. Aujourd'hui, les services Vidéotextes fonctionnent toujours, mais ils peuvent désormais sembler marginaux, face à la croissance du réseau mondial.

Il y a encore peu de temps (et cela est encore vrai pour une majorité de gens), un programme informatique était forcément un outil présent sur un ordinateur, dont l'exécution permet de réaliser certaines tâches pour lesquelles il a été prévu. Différents moyens d'extensions sont possibles, tels les plug-ins (petit bout logiciel qui vient se greffer sur un programme pour lui apporter de nouvelles fonctionnalités), et la communication par réseau est possible entre ces logiciels lorsqu'ils ont été prévus pour cela. Ces programmes étaient longs et compliqués à mettre au point. L'arrivée de nouveaux langages de programmation, "orientés objets", a changé cette vision : les programmes sont découpés en petites briques logicielles facilement réutilisables d'un programme à l'autre, qui sont combinées rapidement pour créer de gros projets. Les avantages sont multiples ; la réutilisation de ces objets permet d'en assurer une plus grande qualité ; les temps de développement sont réduits.
Mais maintenant sont apparues les "Application Internet". En quoi consistent-elles ? Tout simplement à un déplacement du coeur des programmes, de votre ordinateur personnel vers les serveurs Web ; les serveurs en questions font tourner les programmes, stockent vos données, et l'affichage se fait dans votre navigateur Web. Certains types de programmes se prêtent bien à cela : courrier électronique, gestion bancaire, agenda, ... Il est évident que - en l'état actuel - il ne faut pas espérer pouvoir utiliser un logiciel de montage vidéo temps réel de cette manière. Ici aussi, de nouveaux avantages sont apparus : le fait de pouvoir disposer de ses données de n'importe où, une plus grande connexion aux sources d'information, ...
A nouveau, une approche modulaire a fait son apparition pour faciliter la réalisation de ces applications. Des "briques" logicielles sont mises à disposition sur le réseau, chacune remplissant une fonction particulière. Il devient alors facile de proposer des logiciels Web offrant certains services, récupérés d'un peu partout. Les développements sont plus rapides, plus efficaces ; la modularité apporte souplesse et indépendance face aux fournisseurs de services et de contenus.

L'Internet transparent est une idée qui fait tranquillement son chemin à travers les évolutions technologiques. Le propos de cette démarche est de partir du principe que nous serons tous, un jour, connectés en permanence ; par le biais d'équipements sans cesse miniaturisés, comme les téléphones portables, puis grâce à des technologies qui nous rendrons l'accès à l'information immédiat et naturel.
Les recherches actuelles en "wareable-computing" (ordinateurs miniatures intégrés dans les vêtements) prêtent parfois à sourire. Mais en imaginant leurs prolongements futurs, on peut déjà prédire que nous serons un jour habitués à ce qu'elles nous promettent : nos rendez-vous s'afficheront sur notre montre ou dans nos lunettes, notre carnet d'adresse sera toujours accessible, etc. Autant d'applications utilisables aujourd'hui avec les PDA, oui ; mais là où les machines actuelles doivent régulièrement mettre leurs données à jour, celles de demain iront chercher instantannément leurs information à leur source. Cela deviendra tellement naturel que nous y serons encore plus habitués qu'à l'utilisation que nous avons actuellement du téléphone.

On peut donc prédire sans trop de risque qu'Internet va s'insinuer dans tous les recoins de la vie quotidienne. La version 6 du protocol IP (successeur désigné de la version 4 actuellement utilisée) a d'ailleurs été prévue pour permettre un adressage de tous les équipements de la planète - et cela inclut les télévisions, les réfrigérateurs et les grille-pain. La force du réseau des réseaux sera donc de se dissimuler pour s'étendre, de ne plus être cantonné au domaine de l'informatique.

La convergence du numérique, le putch des octets

La "convergence numérique" était un terme très prisé à la fin des années 90, après l'explosion d'Internet auprès du grand-public. Un constat simple pouvait être fait : un des moyens d'accès rapide au Net étant le cable, le même que celui qui amène les programmes dans les télévisions, pourquoi ne pas rassembler tous les services (TV, radio, téléphone, ...) dans un seul "tuyau" ? Cela permettrait de rendre possible les promesses que la télévision interactive et la vidéo à la demande n'avaient pas tenues...
Malheureusement, les choses ne sont pas si simples, principalement à cause des contraintes techniques qui empêchent encore la diffusion vidéo de qualité sur le réseau. Pourtant, ces idées ont ouvert la porte à de nombreux domaines de recherche.

Imaginons ce que pourrait donner une vie "tout-numérique". Les disques que vous achetez sont chargés dans un appareil central, qui vous permet par la suite d'accéder instantannément à n'importe quel morceau où que vous soyez dans votre appartement. Quelqu'un écoute la radio numérique dans la cuisine pendant que vous écoutez un album dans votre chambre et une troisième personne se passe autre chose dans le salon. Tout cela sans balader de CD d'une pièce à une autre. Chaque pièce possède l'équivalent d'un poste de radio, mais qui permet d'aller chercher les musiques qui sont centralisées pour toute la maison. On peut déjà voir poindre ce genre d'appareillage avec l'arrivée de chaînes Hi-Fi supportant le MP3. Imaginer une telle généralisation n'a rien de fou.
La "domotique" véhicule une image de concept poussiéreux, qui déçoit depuis une quinzaine d'années. L'erreur était alors de penser utiliser l'informatique pour contrôler sa maison (réguler le chauffage, allumer la cafetière, faire couler un bain, ...) sans prendre en compte la globalité de la chose. Une maison numérique pourra réintégrer ces concepts de manière plus naturelle. Votre radio-réveil doit-il rester autonome ? Il pourrait être relié à votre emploi du temps pour moduler votre heure de réveil, et être connecté à votre "banque musicale" (cf. § précédent).
Les magnétoscopes actuels sont dépassés. Leur qualité de lecture a été écrasée par celle des DVD, et de nouveaux appareils comme le Tivo offrent des fonctionnalités bien supérieures, comme le fait de pouvoir mettre en pause un programme en cours de diffusion, puis de continuer à le regarder pendant que la suite est toujours en cours d'enregistrement ; ou encore la possibilité de programmer ces enregistreurs pour qu'ils décident, en fonction de nos goûts, d'enregistrer automatiquement certaines émissions en allant chercher le programme télé sur Internet. On peut là encore penser que ces services se généraliseront à l'ensemble des postes récepteurs de la maison. Ajoutez à cela que la télévision à la demande se fera enfin utilisable, permettant (comme pour l'exemple musical) de ne plus avoir à stocker de multiples cassettes ou DVD, mais de centraliser numériquement tous les films en notre possession.

Même certaines applications farfelues méritent qu'on s'attarde dessus. Pourquoi une voix douce ne nous lirait pas le matin notre emploi du temps de la journée, le nombre de messages en attente, ... ? Des chercheurs anglais ont créé un grille-pain contenant un laser qui dessine sur les tranches de brioche des dessins représentant la météo ; cette idée (qui a dit saugrenue ?) est géniale pour la manière dont l'information est introduite en douceur dans l'environnement de la personne qui la reçoit.

Dans le contexte du réseau généralisé, où chaque personne serait connectée en permanence, le fait d'avoir une "intelligence domestique", qui centraliserait l'ensemble des paramètres d'une habitation et en gêrerait les contenus numériques, faciliterait les interconnexions. Les données seraient stockées à un endroit bien particulier ; les différents terminaux utilisés pour y accéder (téléphone portable, ordinateur, bureau intelligent, ...) deviendraient moins importants, donc plus facilement miniaturisables, intégrables dans notre environnement.