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Informatique pour débutants

24 septembre 2006

J'ai toujours été fasciné par les tentatives ayant pour but la simplification de l'outil informatique, pour le rendre exploitable par le plus grand nombre. J'ai beau être informaticien, et maitriser les interfaces les plus frustres (Unix en ligne de commande), j'ai toujours considéré que l'intérêt de l'informatique était d'être utilisable par tous, de permettre à la créativité de tout le monde de s'exprimer.
On me rétorque souvent que c'est aux gens d'apprendre à utiliser les ordinateurs... Moi je pense que c'est aussi à l'outil de s'adapter ; pourquoi faudrait-il prendre des cours de Word (ou OpenOffice, c'est mieux) alors que tout ce qu'on souhaite c'est écrire une simple lettre ? On peut simplifier les outils pour qu'ils remplissent parfaitement les besoins simples. Qui peut le plus peut le moins, certes ; mais pourquoi perdre les utilisateurs au milieu de fonctions inutiles ?
Je peux vous assurer, pour l'avoir expérimenté avec des personnes de ma familles, qu'il y a des gens à ce point réfractaires à la technologie qu'elles ont du mal à utiliser correctement une télécommande pour naviguer dans les menus d'un DVD. Alors vous imaginez bien que le maniement d'un ordinateur est alors presque insurmontable.

Je vais ici lister quelques unes de ces tentatives, qui sont intéressante d'un point de vue "historique", avant de détailler les rares offres actuelles.


Le Macintosh d'Apple

Revenons près de 30 ans en arrière, à l'époque où l'interface des ordinateurs consistait invariablement en une suite de caractères blancs sur un écran tout noir. Les recherches en ergonomie avaient commencé (principalement au PARC de Xerox) à se pencher sur les premières interface graphiques. Le premier ordinateur commercialisé popularisant les interfaces graphiques fut le Macintosh, lancé par Apple en 1984 (je passe volontairement sous silence le Xerox Star et l'Apple Lisa vu leurs échecs commerciaux). Il s'agissait à l'époque du premier ordinateur grand public offrant une interface graphique (et une souris pour la manipuler), qui le rendait utilisable par les débutants. La machine était on ne peut plus simple pour l'époque : un boitier renfermant l'unité centrale et l'écran, un clavier et une souris. Le système d'exploitation et les logiciels tenaient sur une disquette, et la machine était livrée avec un traitement de texte et un logiciel de dessin, ce qui la rendait immédiatement utilisable.

Le "bureau" utilisait la métaphore des dossier et des documents pour naviguer dans les fichiers enregistrés sur disquette. Le Macintosh apportait - pour la première fois en informatique - une facilité d'utilisation qui permettait à tout le monde d'y avoir accès. Les utilisations basiques étaient les mêmes que maintenant : traitement de texte, tableur, gestion de documents. Internet n'existait pas à l'époque, mais Apple offrit assez vite la possibilité de mettre plusieurs Macintosh en réseau. L'interface graphique à base de fenêtres et d'icones s'est depuis généralisée, et constitue toujours la base des interfaces actuelles.

Le premier Macintosh Traitement de texte MacWrite
Logiciel de dessin MacPaint Tableur Multiplan

Pendant une dizaine d'années, la cause était entendue. Les gens qui n'y connaissaient rien en informatique, mais qui voulaient s'y mettre, se voyaient très naturellement conseillé de commencer avec un Mac, car c'était la machine la plus intuitive et la plus facile à apprendre et comprendre.
Malheureusement (tout du moins du point de vue qui nous intéresse ici), l'augmentation des fonctionnalités - tant du système que des applications - a rendu avec le temps les Macintosh moins faciles d'accès.


L'eVilla de Sony

Le eVilla était une machine que Sony a commercialisé aux USA en 2000. Très bizarrement, la machine a été retirée du marché après seulement 2 mois, a priori à cause d'instabilités du système, mais sûrement aussi à cause de problèmes sur le service dédié sur Internet. Il n'en reste pas moins que l'eVilla contenait plusieurs très bonnes idées.

Pour commencer, il s'agissait d'une machine prévue pour fonctionner en étant connectée à Internet (avec abonnement à un service de Sony). Elle n'avait pas de disque dur (même si on pouvait sauvegarder des données sur MemoryStick), ni d'applications locales (pas de traitement de texte ni de tableur).

Les bonnes idées étaient nombreuses :

  • L'écran de 15 pouces était tourné à la verticale. C'est un choix qui peut sembler étrange, mais qui est très pratique pour lire des sites Web : on passe plus de temps à faire défiler les pages verticalement qu'horizontalement.
  • Le système prévoyait 4 utilisateurs séparés, avec chacun ses propres configurations, sa propre adresse de courrier électronique et ses propres messages, etc.
  • Un clavier simplifié, une sauvegarde sur MemoryStick.
  • Un service en ligne adapté spécialement pour la machine, avec des services de musique et de vidéos spécifiques.

L'écran d'accueil du eVilla :

Le courrier électronique :

Le service en ligne :

Les services audio et vidéo :

Cliquez ici pour voir une présentation animée du eVilla (en flash)


L'Ordissimo

L'Ordissimo est une machine attachante, lancée fin 2004 par une entreprise française. L'idée était de proposer une machine la plus simple possible à utiliser tout en restant un ordinateur à part entière (il ne s'agit pas d'un "minitel amélioré" comme l'eVilla).
Cela inclu :

  • Un système Linux en lecture seule, qui ne peut pas être infecté par des virus, avec mise-à-jour par Internet.
  • Un boitier à encombrement minimum, sans bruit (aucun ventilateur).
  • Une interface simple, présentant uniquement les fonctions les plus utiles. Lorsqu'un logiciel est en cours d'utilisation, il est le seul présent à l'écran ; on ne peut pas s'y perdre.
  • Un disque dur (40 GO en version de base) pour stocker des données, extensible par clé USB.
  • Un clavier simplifié, ne nécessitant pas de combinaisons de touches. Chaque touche ne sert que pour un seul caractère. Les touches accentuées, ainsi que les chiffres ou les caractère spéciaux possèdent tous leur propre touche individuelle. Il existe des touches spécifiques "Copier", "Coller", "Zoom+", "Zoom-", ...
La première version de l'Ordissimo La version actuelle, moins jolie mais plus compacte
La nouvelle version haut de gamme Le clavier simplifié

La gestion du courrier électronique :

La liste des messages Lecture d'un message
Rédaction d'un message

La navigation sur le Web :

Navigation par onglets Recherche par mot-clé
Utilisation du zoom

Traitement de texte :

Nouveau texte Rédaction d'un texte
Application de style

Tableur :

Feuille de calcul Edition de formule

Gestion de fichiers :

Arborescence Création de dossier

Applications supplémentaires :

Ecran d'accueil Jeux de cartes
Gestion de photos

Alors les habituels esprits chagrins vous diront que l'Ordissimo est cher, qu'en achetant des pièces détachées vous pourriez vous monter un ordinateur complet "non limité", pour un prix moindre. C'est vrai. Mais c'est oublier que le prix élevé tient en grande partie au matériel choisi (très faible encombrement, sans bruit), et surtout que l'intérêt vient de la grande simplicité du système. Si vous avez des parents ou des amis qui n'ont aucune connaissance en informatique, et qui veulent s'y initier, quel est le meilleur choix ? La grosse machine puissante avec plein de fonctions, qu'ils ne vont pas pouvoir maitriser (au risque d'abandonner) ; ou bien la petite machine très simple qui fait juste ce qu'il faut (mais qui le fait bien) ? Voulez-vous risquer de jouer le rôle du support technique 24/24, parce que c'est vous qui vous y connaissez le mieux en informatique ?


L'Easy Gate de Neuf Telecom

L'Easy Gate n'est pas réellement un ordinateur, tout en en étant un. A la base, il s'agit de la nouvelle version du modem ADSL que vient de présenter Neuf Telecom. Mais très intelligemment, ils ont pensé aux utilisateurs n'ayant pas d'ordinateur et qui voudraient accéder quand même à Internet. Il est donc possible de brancher un écran, un clavier, une souris, une webcam, ... à l'appareil pour en faire une station exploitable. Les logiciels intégrés comprennent un traitement de texte, un tableur, de la gestion et retouche de photos, navigation Web, e-mail et visiconférence ; le tout basé sur un système Linux spécifique.

Mieux encore, on peut définir plusieurs types d'utilisation, pour lesquels l'Easy Gate propose une solution :

  • Les débutants qui veulent uniquement surfer sur Internet connectent un écran, un clavier, une souris et une webcam pour avoir accès à toute la magie du net. Une mémoire flash de 512 MO remplace le disque dur, et permet de stocker les données personnelles (comme les emails par exemple). L'interface est adaptée à ce type d'utilisation.
  • Les utilisateurs qui veulent aller plus loin se voient proposer une interface plus élaborée (tout en restant spécifiquement développée pour être très accessible). La mémoire de masse peut être étendue en utilisant des clés USB, voire même des disques durs externes USB.
  • Les utilisateurs ayant l'habitude des interfaces graphiques classiques (icones, fenêtres, etc.) peuvent avoir accès à toutes les applications installées.
On dirait une yaourtière Equipement complet
Prévu pour des extensions empilables Interface "easy"
Interface "ergo" Interface "expert"

Les mauvaises langues habituelles (cf. ce que je dis sur l'Ordissimo) vous diront là encore qu'il s'agit d'un "sous-ordinateur", dont la location vous reviendra plus cher qu'un ordinateur classique. Non seulement l'analyse financière est fausse (le surcoût de location par rapport à l'abonnement ADSL simple est minime), mais la machine est très intelligemment conçue : elle suit l'évolution de ses utilisateurs. On vous dira que l'absence de disque dur est rédhibitoire ; au contraire, elle permet de ne pas payer de fonctionnalité inutile, et le prix de la mémoire en clé USB a suffisamment chuté pour rendre le concept tout à fait viable. Ce qui ne gâte rien, c'est que le système est sous licence libre, et devrait être accessible à tous.

L'Esay Gate venant tout juste d'être présenté, on est encore en attente de plus d'information sur l'ergonomie et les fonctionnalités. Je pense tenir ici les informations à jour en fonction de l'évolution des choses.


Au final, que penser de tout ça ? Je suis persuadé qu'il existe un réel créneau pour ce genre de machine. Je pense que que l'Ordissimo en est la version la plus concrête actuellement, mais que l'Easy Gate en est peut-être l'aboutissement.

Il manque à l'Ordissimo :

  • Un développement sur le modèle open-source, qui permettrait d'en accélérer le développement, tout en le pérennisant.
  • Des services en ligne spécifiquement adaptés (à vous de vous abonner à Yahoo! par exemple).
  • Une bonne intégration des application dites "extra".

Les défauts de l'Easy Gate :

  • Un clavier simplifié comme l'Ordissimo aurait été génial.
  • Uniquement réservé (c'est bien normal) aux clients de Neuf Telecom.

Je regrette qu'il n'existe pas de distribution Linux qui permette d'installer facilement une machine simplifiée pour les débutants. Quelque chose qui limite l'interface et les fonctionnalités, mais qui puisse s'installer sur n'importe quel vieil ordinateur. Ceux qui veuillent "bidouiller" ça pour leurs parents (par exemple) y passent un temps fou, sans pour autant arriver à un résultat satisfaisant.